• Stephane Fayol

Existe-t-il une envie française d'un syndrome Capitaine Marleau ?

Les Fictions de mon été 2020 : épisode 2


Fiction numéro deux, après le mythique univers des envahisseurs, une petite visite à Captain Marleau s'imposait car on ne peut s’épargner un peu de curiosité pour comprendre le succès d’un tel personnage qui incarne aujourd'hui le top audience des séries télé.


Partageons ensemble quelques observations dans son monde de paradoxes.

A nouveau dans notre paysage solo culturel c’est une femme qui marque l’esprit de notre société.

C’est bien sûr remarquable quand on sait qu’on en est toujours au stade des « ministères et des textes » pour asseoir

et consolider les droits essentiels et équitables des femmes, mais le succès de cette héroïne récente, ne révèle-il-pas notre aspiration profonde, et nos carences durables en la matière…?


Et fait incroyable, c’est un officier de Gendarmerie qui représente l’autorité qui attire autant de suffrages : tout ce qui est abimé actuellement dans tant de manifestations, de « représentations », de banderoles et pancartes associées réductrices et assassines.


Mais que l’on retrouve chargé d’émotion, lorsqu’une jeune femme d’une vingtaine d’années portant l’uniforme de gendarme est lâchement assassinée par un chauffard ces derniers jours.

Et en même temps (l’expression a marqué l’histoire), cette Capitaine Marleau ne supporte pas l’autorité décrétée classique, mais elle se bat pour l’autorité légitime et ses valeurs. et ça c'est clairement vécu par tant de citoyens .

Elle ne porte pas d’uniforme et bien au contraire, porte des vêtements que beaucoup pourraient qualifier comme on l’entend dans la série de ridicules, voire dérangeants pour l’institution.

Elle assume un paradoxe bien français non ? L’autorité qui casse les pieds, qu’on défie souvent, mais dont on a viscéralement besoin comme des guides de vie que l’on respecte finalement profondément. On aimerait avoir son courage sans trahir ses idéaux non ?


Dans une société « formatée » jusque-là où tout semble pré-déterminé, Capitaine Marleau quelle petite merveille que cette ex jeune délinquante


issue d’un milieu défavorisé, qui au gré de tours et détours se retrouve à porter des valeurs d’équilibre social fortes, confiées par l’Etat, autorité suprême. Là, nous frémissons tous car,

même en ayant démarré au plus bas, même en ayant rencontré les pires caricatures d’avanies de vie, on peut être « officier de gendarmerie » ?

Notre société a de plus en plus peur de tout, pas le Capitaine


Peur du lendemain, peur des légitimes confrontations pour dire les choses avec sincérité, peur de ne pas réussir, peur du jugement des autres, peur d’avoir peur… de vivre et fuit .

Quelle aubaine ce Capitaine, qui n’a peur de rien, semble-t-il… : Pas des contraintes d’apparence en tous les cas, ni des entorses multiples aux procédures ubuesques qui écrasent la vraie vie aux prétextes les plus fallacieux, pas peur de l’incompétence statutaire qui parait a priori souvent insurmontable, pas peur de se confronter à des personnalités fortes tant dans leurs rôles qu’aux plus grands acteurs qui les incarnent…

Capitaine Marleau ressent les choses, mais elle ose( tout) , elle avance, elle passe aux actes, elle vainc le paradoxe de l'immensément petit face à l'immensément grand . Et nous ?

Notre société est, on le sait bien, rassurée par les profils  "classiques" 


Mais pour tout un tas de raisons, modernité apparente, opportunisme etc… elle prône les #profilsatypiques en paroles.

Et ce Capitaine est atypique sur tous les plans, y compris sur ce physique sur lequel tant de jugements s’opèrent avec hâte.

Son personnage est charismatique bien au-delà des clichés mannequins habituels... Elle semble s’affranchir avec tant de légèreté de moult conventions.


Alors c’est possible, où c’est juste pour faire croire que ?



Capitaine Marleau surfe sur la tendance simplicité, authenticité, écologie et rapport sain avec la nature où elle aime se ressourcer.

Comme notre pays si on s’en tient aux derniers résultats électoraux des municipales et si on cherche au-delà. Mais elle roule dans un vieux 4x4 coûteux à l’entretien, polluant « à mort », juste à l’inverse de son souhait de vie.

Il me semble qu’elle n’est pas la seule, et que le mode zig zag permanent de nos décideurs quels qu’ils soient en matière d’inclusion écologique dans la politique de leurs organisations, de notre pays est une publicité ambulante de ce paradoxe. Les paroles rassurent, et les contradictions s’avalent comme des couleuvres. Drôle non ?

Capitaine Marleau est à l’écoute et montre jour après jour de l’empathie, de l'affection pour les autres.

Elle est un modèle de management par délégation, d’apprentissage par transfert de son savoir et de ses compétences et est adorée des jeunes qui travaillent avec elles, beaucoup de jeunes qui n’hésitent pas d’ailleurs à lui faire du tutorat inversé, car elle est clairement une « boomer » face à des comportements de vie, à des outils numériques etc…

Et le fin du fin c’est que son comportement toujours empreint de respect vis-à-vis de l’autre, ne lui enlève aucune capacité de réussite, ne la fourvoie jamais, bien au contraire. Alors, ce style de comportement par rapport à ce que nous connaissons, est donc possible ?


Capitaine Marleau a réussi sa vie en étant une provinciale assumée

voire outrancière dans la façon de le montrer contredisant toute bien pensance par rapport aux accents, à de la pseudo beaufitude de vie, avec son côté Chti fleurie d’expressions souvent triviales.

Officier, en charge de hautes responsabilités, mais toujours simple et en proximité. Paradoxal ou reproductible,  ?


Capitaine Marleau semble souvent "désincarnée", changeant sans cesse de lieux de travail, de repères, quasiment « hermaphrodite sentimental »...


Et pourtant ? N’a-t-elle pas un amoureux, en la personne de ce fantasque légiste dont l’élégance la courtoisie surannée donnent plus à penser qu’à voir, et c’est d’une telle douceur


Alors, sans le voyeurisme auquel notre société tend à nous habituer (type télé-réalité) on peut susciter chez l'autre un ressenti qui fait du bien ?! De la pudeur et quasiment romantique notre Captain. Alors ça existe ?




Il y aurait tant à vivre et à dire avec Marleau. Femme, incarnant la bonne autorité, ressuscitant l'ascenseur social, courageuse en pensées et en actes, atypique, simple et proche, engagée "verte", emphatique, romantique... oui, cette envie de syndrome Marleau est vraiment faite pour nous.


Bon je laisse filer cette fiction qui a accaparé ma pensée quelques instants, disant comme elle « Youyou", et en ajoutant il y a de quoi réfléchir non ?  Pour le monde de demain ?

© Stéphane Fayol 2019 - toiledevie.leblog@gmail.com

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