• Stéphane Fayol

"Je m'ai bien régalé"​*

Mercredi 10 dernier,  pour reprendre la formule consacrée, j’ai accompagné un ami jusqu’à sa dernière demeure. 


Jeune, une carrière et une personnalité exemplaire, celui qu’on a envie de rencontrer sur son chemin de vie.

Son mot d’ordre : pas de limite pour lui.


Il a tout donné : de l’amour à ses proches, de l’amitié, de l’aide plus d’ailleurs pour avoir l’envie de faire que pour faire. 


Il avait la passion du bien faire chevillée à l’âme et au cœur. Jamais, même face à l’adversité la plus absolue, je ne l’ai vu baisser les bras. Il a toujours cherché à créer des solutions, parfois hors cadre, mais des idées qui ont fait vibrer, qui ont généré l’envie de s’engager, de le suivre, d’aider les autres à constituer une équipe en y apportant le meilleur de lui-même.


Et , si je m’en réfère à tout ce que je lis, les choses intelligentes et réalistes, et les utopies démentes servies sans doute en toute honnêteté par des gens repliés dans leur monde, c’est la profil idéal du manager dont nous avons besoin dans les entreprises ; du leader qui fait briller les yeux et avancer, toujours avancer.

Sans doute, et je dirai en plus que peu m’importe. C’était un homme vrai, sincère, avec ses qualités, ses défauts ( que par novlangue on appelle point de progrès) , un homme honnête et chacun le savait. On l’avait vu à l’oeuvre, on l’avait compris.


Il y a dans ce que je viens de raconter beaucoup d’images. Mais pour celui qui va lire ces mots en réfléchissant un peu, il y a vraiment matière à s’inspirer. Stop aux délires en tous genres, aux mensonges de façade. Cela marche de moins en moins, cela ne suffit plus à abuser, et peut être que si cette mécanique opère sur une génération éduquée pour, je doute que cela puisse assurer la Société dont demain a besoin . stop aux milieux autorisés qui s’autorisent à penser disait Coluche.


Et pourquoi cet homme aux talents d’or a disparu ? il donnait dans sa vie privée comme dans sa vie professionnelle. Son hygiène de vie de grand sportif lui conférait cet allant dont tout le monde percevait les signes. Mais, cette richesse infinie dont tout le monde qui l’a croisé a pu profiter, était logée dans un organe de son corps humain, qui lui était fragile. Son cœur. 


Et en exigeant toujours de lui l’impossible, en ne le ménageant aucunement, ce petit morceau de lui tellement précieux n’a pas tenu. Il a attendu une greffe, et j’aurai volontiers donné du mien si comme avec le rein on pouvait partager, le miracle si beau tel que le décrit Maylis de Kerangal dans son ouvrage « Réparer les vivants », n’a pas eu lieu, la greffe tant attendue n’est pas venue.

Personne, vraiment personne n’aurait pu l’empêcher d’aller toujours plus haut, toujours plus loin, c’était son ADN. 

Mais dans ce don permanent qui faisait sa vie, il laisse cet enseignement qu’il n’a pu s’appliquer à lui-même, lui qui l’aimait tellement cette vie.


Prenons soin de nous. « Take care » pour reprendre la formule qui termine moults mails comme on dit salut, banalement, sans se poser la question du sens profond, juste comme une formule de politesse posée là.

Tout ce qu’il a fait est remarquable, et devait être fait. Juste peut être en équilibrant un peu mieux sa vie. Et si je comprends qu’il ait foncé plus vite que le mur du son lorsqu’il y avait le feu, comme on dit, je pense qu’il aurait pu lâcher un peu de lest lorsque les choses le permettaient.


Combien de nos concitoyens se lèvent le matin avec le goût de ce qu’ils vont faire et non pas le désintéret , le dégoût, l’ennui,  la lassitude. Assez peu si j’en crois ce que j’entends, et je ne parle pas de la fine broderie médiatique . Aimer son travail est une clé de bien être fabuleuse sur laquelle les réflexions systémiques se penchent assez peu. Cela ne rapporte pas assez à court terme, c’est trop compliqué.


Qu’a fait son management pour ? je ne sais pas. En tous les cas, pas assez pour le convaincre .


Mais pour avoir personnellement eu à traverser une sale période de santé, je sais que j’ai appris à apprécier la conversation de. Nos concitoyens dans la rue, parce que je marchais et je ne courais pas, j’ai aimé rester dans ma zone de confort, alors qu’on nous exhorte de plus en plus à en sortir, j’ai aimé le temps que l’on donne au temps, alors que la financiarisation du fonctionnement de nombre d’entreprises ne connait que le toujours plus et toujours plus vite, j’ai aimé écouter un champ d’oiseau, lire les ouvrages de Maris Robert permettant de revoir Kant et Descartes sur un jour nouveau éclairant la vie, j’ai aimé la douceur des aquarelles et dessins de Bénedicte Thilloy, gorgés de vie etc….


Aurais- je appris à vivre ? Un sage m’a expliqué qu’on ne changeait jamais réellement ; on ne casse pas le tronc et les racines, on fait juste en sorte d’élaguer les mauvaises branches, d’aérer les bonnes et de favoriser la pousse de nouvelles. Tout cela est très allégorique, j’en suis conscient, et comme me l’a dit un coach, rentre difficilement dans les cases que la société du moment adore même si elle les malmène de plus en plus, mais tant pis ; je le ressens tellement profondément que je suis heureux de la partager avec vous.

Au moment où j’écrivais le portrait de Dorian Gray, publié par RH Info et compétiteur heureux avec de nombreux autres articles promus par les blogs RH rassemblés dans une heureuse initiative, je n’imaginais pas que cet article récompensé par ses lecteurs, ce qui m’a énormément touché, ferait plus de sens encore aujourd’hui.

Mon ami nous a quittés, les enseignements qu’il nous laisse sont loin de toutes théories fumeuses ou pas. Ils sont là près de nous, ils font nos vies, et concourront peut être à la définition de cet équilibre à inventer, que nous cherchons tous, et qui si on y réfléchit ne nécessite pas des milliers de Comité théodules pour le trouver. Faisons-nous confiance, ensemble.


J’ai eu un échange intéressant avec mon ami Patrick Bouvard, le remarquable Rédac en Chef de RH INFO, avant parution de ce propos.


Je crois effectivement avoir changé de ton, mettre sur le papier un peu plus de tripes… mais j’ai le sentiment que cela correspond d’une part à ce que je suis devenu, et d’autre part à des attentes qui m’ont été exprimées. Je suis bien certain de ne jamais avoir l’audience que RH Info m’offre généreusement, mais je suis ma voie, qui effectivement est différente.


Je ne sais plus dans quelle case rentrer. Je suis passionné par le métier que j’effectue depuis 30 ans ; mon texte parle d’un homme, son rapport à l’entreprise (empowerment) son travail et les conditions dans lesquelles ils l’a réalisé (QVT) , son envie d’apprendre et de transmettre, de faire grandir  ( les nouvelles générations, la formation utile) , et j’admets avoir plus usé des mots du cœur que des mots issus de mon cerveau ayant catégorisé, renseigné et développé des concepts forts.


Mais il y a fort à parier que ce soit plus le moi d’aujourd’hui, qui ne renie rien de ce qu’il a écrit et de la façon dont il l’a écrit, qui ne renie rien de toutes les amitiés professionnelles qui l’accompagnent toujours, mais qui s’exprime autrement en conservant deux valeurs constantes : honnêteté et sincérité.


Au plaisir de vous retrouver. Je crois qu’il me reste pas mal de choses à dire. Pourvu qu’elles soient utiles.



* formule inscrite par Pierre Desproges sur le livre d'or d'un restaurateur qui le pressait, suivi de la signature Marguerite DURAS. A toi Claude .

© Stéphane Fayol 2019 - toiledevie.leblog@gmail.com

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