• Stéphane Fayol

Résilience : capacité à surmonter un choc traumatique ou simple délire sémantique ?

Mis à jour : oct. 29


Et bam, ça repart. On attend les annonces. Cette fichue pandémie est sur mode « booster ». Il faut donc se mettre en ordre de marche pour passer ce nouveau cap, difficile, plus que cela pour beaucoup. Il y a peu, j’avais eu l’occasion de parler de la psychose et du mal être, voire de la dérégulation complète qui nous gangrénait, au-delà des aspects pathologiques liés directement au virus et toujours aussi mystérieux.

Mais là, nous voici repartis pour un temps « pas comme d’habitude », un temps de mise en berne provisoire ou définitive des activités économiques (pensées émues pour tous) un temps d’incertitude, à vivre.

Et voilà que telles les pâquerettes au printemps, mais en moins sympathiques pour moi en quasi-allergie, resurgissent les « resilientistes » appelant à la résilience, toute la résilience et rien que la résilience. Du coup, je me permets de façon assez gonflée j’imagine de poser mes grands pieds (44) sur cette fameuse résilience.

Ah oui, mais quelle résilience ?

Parce qu’il est difficile de trouver aujourd’hui une publication qui n’associe pas ce mot à un autre, chaque fois différent. Du coup je ne sais plus bien quel sens lui donner.

J’ai décidé de faire quelques recherches internet sommaires et là, je me suis régalé, surtout en pensant au nombre de fois où une signification m’avait doctement été vendue. J’y ai trouvé notamment sur ce blog des explications passionnantes, sur ce mot originairement emprunté à l’anglais, d’abord pour désigner « l’acte de rebondir » puis en référence à la « résistance aux chocs » (resilient). C’est ensuite finalement un Français qui a associé la résilience au concept de « ressort intime face aux coups de l’existence » (B. Cyrulnik, 1990).


« Ainsi, c’est à Boris Cyrulnik que l’on doit l’application du concept de résilience aux situations où l’on doit surmonter les chocs traumatiques et faire face à l’adversité. C’est ce deuxième sens que nous connaissons le mieux aujourd’hui. » Le Détective des Mots

Aujourd’hui, tout devient résilience dans les médias : on parle de résilience économique, écologique, alimentaire, des matériau etc.

J’ai lu au hasard de mes recherches que « comme la plupart des concepts issus des domaines spécialisés de recherches pointues, sa signification n'est pas immédiate. C’est légèrement édulcoré comme approche me semble-t-il. Goutez avec moi la poésie quasi lyrique de cette présentation, par les temps qui courent c’est distrayant (mauvais sarcasme) :


J’ai ensuite vu passer ce débat avec deux interlocuteurs allant de la définition en physique à l'assertion où ce mot de résilience est tenu pour un "mot-valise" et qui n'aurait donc pas de sens particulier.

Pour l'un, « c’est en effet un mot emprunté à la physique (aptitude d’un matériau à reprendre sa forme initiale après une déformation), et qui donc n’est applicable au comportement humain qu’au prix d’un gros travail métaphorique... »

Pour l'autre, « la résilience est un mot valise qui n’ a aucun sens ne veut rien dire ».

De la réponse sociale à la "résilientite"


Je me demande si l’évolution sociétale nécessaire de notre langage, (que je ne désapprouve pas par ailleurs), notre besoin de faire des phrases pour exister pour certains théoriciens, (y compris en RH ma langue quasi maternelle) ne nous a pas conduits à un vrac considérable, tiraillant quasiment à l’infini les définitions premières déjà discutables pour imager des idées, mais seulement des idées. Et dévoyer ce mot de résilience où aujourd’hui il provoque chez moi très rapidement, une « résilientite », nouvelle allergie à la sottise rampante à tout va.

Je n’ai rien contre le mot en soi. Un peu contre celles et ceux qui me saoulent avec, à tous bouts de champs. Et prétendent détenir en le disant la vérité, alors manifestement que cela ne m’apparait que comme une vérité, leur vérité. Et encore je suis gentil.


Du coup, je me garde à l’instar de Julien Clerc « Ma résilience à moi »…. Ah non on me souffle dans l’oreillette que c’est ma préférence à moi. Tant pis, je trouvais que ça sonnait bien ! Je remets ce mot valise dans ma valise alors sic…. Et je pense des milliards de fois aux mots patience, solidarité, inventivité, courage, force, affection, empathie, engagement, amour, aide etc.

Je deviens quelque chose comme…résilient , non ?

© Stéphane Fayol 2019 - toiledevie.leblog@gmail.com

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