• Stephane Fayol

Télétravail : un accord "trop" marqué par le sceau de la pandémie


L'affiche du film du talentueux Claude Lelouch me fait rire et sincèrement, j'ai retenu son titre parce qu'il exprime ma pensée autour de ce sujet médiatique ô combien de fois abordé. Et qui pourtant ne me fait pas spécialement rire, encore que... on peut rire de tout ou presque.


C'est bien connu, à écouter les laudations successives sur le sujet, le dialogue social est florissant dans ce pays.


On ne peut que s'autocongratuler en voyant le nombre d'accords signés y compris pendant cette "annus horribilis" de 2020. Réalité ? Trompe-l'oeil ? Ou un peu des deux, peut-être l'éléphant qui cache la forêt.


Fidèle à mon habitude maintenant, je vais partager avec vous quelques réflexions, ouvertes, pleines d'humour positif j'espère, et destinées dans mon esprit à encourager le développement "autrement" du dialogue social.


L'accord télétravail : que retenir de tout ça ?


Je viens de tomber sur une copie non signée mais probablement définitive, du projet d'accord national interprofessionnel relatif au télétravail. Le préambule est en soi un quasi chef d'oeuvre : il rappelle la durée du travail de réflexion sur le sujet, les textes préalables de loi, restant d'ailleurs d'actualité pour la majeure partie. Des mois pour que la montagne accouche d'une souris. Ah oui, c'est très interessant. Et des jours et des jours de suspense sur les réseaux sociaux pour savoir qui signe ce texte, ou pas, suivant des arguments qui échapperont fort heureusement à la majorité d'entre nous, tant ils sont "Knockesques".


Une pensée va tout d'abord à celles et ceux qui ne sont pas concernés par le sujet du fait de la spécificité de leur activité ; nul doute que des réflexions approfondies seront menées.... un jour. Mais je l'ai déjà largement dit, alors je ne prends pas le risque de me répéter.

Une autre vers celles et ceux qui parlent trop et mal et feraient mieux de se taire, merci Madame de Funes et son cortège d'absurdités dont raffolent les médias.


Ensuite que dire d'autre si ce n'est de parler du contexte : contrairement à la première partie du préambule qui fait miroiter la progression du télétravail ces 20 dernières années, (on se croirait dans une émission qu'on pourrait intituler "faut pas rêver"), nous savons tous que le sujet a connu un effet tourbillon avec la pandémie. Avec un double objectif : répondre à la nécessité de protéger les vies en diminuant les risques de contamination, et favoriser autant que faire se peut la continuité de l'économie. Il est d'ailleurs intéressant de voir que le préambule ne choisit pas cet ordre, mais admettons. Il est pudiquement évité de trop aborder la motivation utilisée largement par des sociétés eu égard au coût du mètre carré occupé dans certaines métropoles. Et j'en passe. Une grande partie du texte, et des articles suivants se trouvent marqués par le sceau de la pandémie, suintant la peur, le risque et autres "positivités". C'est réaliste mais dommage, et ça plus les carences omises délicatement, ça enlève de la dimension à la réflexion, portant ce mode d'organisation du travail aux freins managériaux qui avaient motivé cette surlenteur.


Même si le texte évoque des points interessants, un peu dans le désordre d'ailleurs, je ne perçois pas la puissance d'écriture que j'aurais aimé voir dans un sujet qui parle d'aujourd'hui certes, mais d'avenir surtout.


Ce texte est "mou", alors que le sujet est lui plus dur, sans souffle, il est criblé des postillons de la Covid. Le télétravail ne méritait pas ce traitement.


Qu'il soit bien clair que je suis totalement favorable au télétravail, à ses côtés favorables comme à la capacité à neutraliser quelques travers ; je reste trop attaché à la relation sociale au sens large pour omettre les dégâts d'un isolement par trop subi. D'où cette irrésistible envie de bien dégager les temporalités applicables. Qu'il soit bien clair aussi que je ne méprise en rien le dialogue social, et pour l'avoir si longtemps porté haut et fort, ainsi que la négociation sociale (là aussi entre les titres et les articles ça cafouille largement), mais pour ce qui donne "ça", je suis désolé de faire part de ma déception.


Très vite comme à son habitude pourtant paradoxale à ce niveau, surtout eu égard à son caractère tombé de la quincaillerie (mais type Ikea des mauvais cauchemars), c'est-à-dire avec des pièces nécessairement manquantes.


Bon en résumé, je ne pourrai délivrer une autre mention que "passable", "peut mieux faire", à l'élève ANI postulant, lui reconnaitre ses mérites mêmes faibles. Faire confiance au dialogue social au plus prêt pour lui donner une chair plus appétissante, à une dynamique de société et générationnelle des organisations et outils de travail pour poser fort, et à beaucoup de lumières nouvelles sur le dialogue social pour l'aider à se désengluer. Mais cette "notation" ne vaut que pour moi, chacun aura son appréciation bien entendu.


Ah, mon dernier mot... comme on disait chez Foucaut à la TV. Relisez notamment les articles et interventions de Benoit Serre et de Vincent Berthelot sur le sujet, chacun dans leurs styles, c'est à dire tout sauf insipides. C'est vraiment intéressant. Et il y en a surement d'autres. Et c'est à escient que je ne cite pas des analyses juridiques (désolé pour l'excellente de Franck Morel) mais ce n'est pas mon propos, vous l'aurez compris.

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