• Stephane Fayol

Tu vœux ou tu vœux pas ?


A la veille du 31 décembre 2019, je devais réfléchir à la traditionnelle écriture de mes vœux, pour mes tous proches, pour toutes celles et ceux qui les liraient. Ça fait quelques années que j’ai comme tant d’autres renoncé à écrire une carte papier, je n’en suis d’ailleurs pas très fier, pour privilégier des cartes électroniques, des sms qui arrivent, ou pas, suivant leur heure d’expédition et l’encombrement du trafic… On est loin de la beauté du geste scriptural, de l’émotion au choix du visuel etc. La "machine" a aussi avalé ce moment, bref, on pourrait en dire et en écrire à ce sujet.


Nous étions en cette année 2019 disais-je, à un moment... - Attention, je vais digresser quelques minutes et vous en avez l’habitude, mais là je vais écrire un mot, qui au fil du temps, de son utilisation, de son dévoiement, a fini par me faire horreur. Et pourtant, il semble tellement simple à la base, tellement anodin, candide, naïf etc. -


Le mot « normal ».


Oui, en 2019, nous vivions une période dite normale. Aussi, nous pouvions dans la sincérité ou dans l’hypocrisie totales auxquelles nos vies nous ont préparés, imaginer des mots doux, joyeux, banals, drôles, exaltés et combien d’autres qualificatifs néanmoins tous déjà si connus, préparer nos messages à l’intention de telle ou tel. Nous savions évidemment, que ça n’était pas un moment de vérité, pour quoi faire d’ailleurs ? Nous avons fait en sorte que le vivre ensemble mode 21ème siècle notamment rende cela impossible, sans risque d’avanies de tous types. Alors, place au bon vieux message de d’hab', ou au silence lâche et paisible. Au risque de continuer tout comme avant, et alors ?


Il était loin le Père Nostradamus avec sa fin du monde spectaculaire au début des années 2000. Et je ne suis pas Paco Rabanne, je suis beaucoup moins « original » ou perçu confortablement comme tel. Oh il y avait bien eu quelques tempêtes çà et là, quelques cyclones, quelques guerres et guérillas et j’en passe, mais rien de spectaculaire au point d’imaginer comme dans ce film de Roland Emmerich le « Jour d’Après ».


Alors on s’était accommodé de tout : des fêlures, des fractures, des violences, de la pauvreté, des maladies plus ou moins graves sur l’échelle de la vie. Des inégalités, des inutilités et futilités, des médiocrités et des parasites sociaux en tous genres, des râleurs invétérés. De la perte du respect, de la défiance en nos institutions, des trahisons des fragilités de nos systèmes protecteurs détournés de leurs objectifs essentiels ; soigner, protéger, éduquer, juger etc. La liste est une "never ending story" et je ne voudrais pas en oublier en étant exhaustif et vexer... l'oeuvre de la "machine", lol.


Et puis 2020 est arrivée, totalement "anormale".


« Entre ici 2020 et ton terrible cortège »... J’entends la voix puissante et chevrotante d’André Malraux et je tremble.

Jamais je n’avais nourri une part de mon imaginaire avec un tel phénomène. Pas un truc brutal et violent, non, plutôt un truc genre « bombe à fragmentation », à dégâts progressifs, peu maitrisés, appuyant sur tout ce qui était branlant, et abimant le peu de rafistolage qui tenait depuis un temps lointain un « certain équilibre ».


Avec des pseudos changeants, « le » ou « la » Covid 19, mutants et j’en passe. Et accompagné du visage de nos dirigeants multipliant les conférences de presse, rituel quasi macabre.


Une pandémie, puisqu’il est convenu de l’appeler comme cela, qui a mondialement balayé les "Bonne Année" et "Bonne Santé" et autres pommades bienveillantes que nous avions généreusement distribuées, sans aucun égard.


Des morts physiquement, des familles déchirées. Une société dont le peu de cohésion continue à partir en débris : entre ceux qui disent vrai et dont on dit qu’ils disent faux, et ceux qui disent faux et dont on dit qu’ils disent vrai. Ceux qui disent en ayant rien à dire juste histoire de purger quelques acidités stomacales (l’acide fait toujours des ravages une fois versé) et au final plus rien n’a de sens ou tout a trop de sens, de quoi perdre nos nations dans le complotisme fantasmagorique, la peur la paranoïa.


Et puis, il y a toutes celles et tous ceux qui se battent, hommage à eux.


Mais que le découragement peut gagner tant le combat est âpre, tant l’adversité revêt trop de formes, tant le faire semblant les écoeure, tant la durée de leur engagement hors toute limite est humainement abusive.


Alors oui, ils ont emporté des victoires en sauvant tant de vies, qui ont cessé de se résumer à de la statistique, oui ils ont su développer de la solidarité, des médicaments, des vaccins pour porter l’espoir mais il y a un tel abîme qui s’est ouvert.


Je n’oublie pas les fragiles et je suis lucide, j'en suis, du fait de leur vécu, de leur santé, de leur situation sociale familiale et j’en passe. On les voit ça et là s’effondrer et pas que sur les réseaux sociaux, comme une certaine élite voudrait nous le faire croire (et sans nier leur façon d’attiser les flammes). Mais aussi dans la rue, autour de nous, en ville comme en campagne, avec des symptômes d’une diversité rarement atteinte. On affecte de s'apitoyer mais bon, ça va bien hein ! Et puis comment ranimer la vie sous respirateur ?

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. » Albert Camus.

Oui, il serait quand même temps que nous prenions enfin la résolution de faire ensemble et préserver l'essentiel, avant que le grand chambardement n’achève ce que ce mal insidieux a déjà commencé très largement. Il y a assez de gâchis non ? (message aux anti et pro vaccins notamment).


Si nous ne nous y mettons pas tous, sachant qu’il nous faudra faire beaucoup de sacrifices d’égos, de vies anciennes, de prétentions et j’en passe, nous ferons au mieux un mauvais replâtrage (et on en parle déjà tant dans ces milieux glus qui s’accrochent à une illusion fatale), qui portera encore beaucoup de souffrance, et pour combien de temps avant cette « fameuse » fin ?


Non, la pandémie ne doit pas continuer à entretenir la technique dite de l’autruche dont nous nous sommes accommodés jusqu’à présent, refusant d’accepter avec une démagogie sans fin les éboulements des décennies précédentes. Je ne peux me résoudre pour ma génération comme pour les autres à cette agonie interminable et pitoyable..


Alors il faut aller au-delà de la « procédure de sauvegarde » (que nous ne sommes même pas capables de porter jusque-là) mais reconstruire, ré-inventer, renouveler, ré-exister. Sans quoi il n’y a plus qu’à remettre les clés planétaires à Merlin l’enchanteur version Kameloot d’Alexandre Astier, et fermer les yeux pour ne pas voir.


Nous n’avons pas de bouton marche arrière, la « machine », si elle le pouvait l’inventerait surement, mais ça n’est pas fait. Alors, il va falloir accepter les dégâts considérables, leurs suites, et VIVRE AVEC. Comment ? Je ne le sais pas, je ne suis malheureusement pas de ceux qui savent tout tel qu’on peut en lire, mais je sais en conséquence ce que je veux pour mes vœux, pour moi, pour vous, pour nous.


Eh oui, mes vœux pour 2021, recyclables pour après. Tant qu’à assumer la tradition des vœux, autant le faire avec élégance, et quitte à être ridicule, autant que ce soit avec un peu de panache, non ?


Alors, préservons-nous ensemble, et revivons plus ensemble encore. Oui, vive la REVIVANCE. "Je nous le voeux".


Qu’en pensez-vous ?

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© Stéphane Fayol 2019 - toiledevie.leblog@gmail.com

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