• Stephane Fayol

Un RH ne devrait pas dire ça... alors quoi dire ?


Il y a quelques mois déjà, Vincent Berthelot, conseil RH en entreprises, expert, enseignant, et intervenant sur les réseaux sociaux m’avait sollicité sur un projet lié à ce thème, qui n’a pas forcément vu le jour en tant que tel, ce qui ne m’a nullement empêché d’y penser.

Et je vous fais partager ici quelques-unes des idées qui ont accompagné mon chemin, et sûrement ma vie. Je les lui dédicace au passage.

J’ai été puiser pour le faire dans ce que je suis, c’est-à-dire ce subtil mélange de valeurs personnelles, professionnelles, dont le dosage est secret (en fait on a perdu la recette…) mais qui font mon unité . J’en ai dégagé quelques tendances non exhaustives, cela va de soi :

- J’aime incarner la droiture et la confiance : et ce n'est pas qu'une fake posture. Aussi j’ai aimé "dire", les choses parce que mon entourage a toujours trouvé utile de m’entendre, tout en étant écouté. Je n’ai jamais dissocié l’un et l’autre d’ailleurs. Alors oui, j’ai dit beaucoup, des choses qui ont plu, déplu, mais dans la mesure où mon propos était le miroir attendu, quoi qu’il réfléchisse j’ai été heureux de pouvoir le faire. Et je n’ai pas senti d’inimitiés durables en face. Mais je sais, pour l’avoir lu récemment sur Linkedin suite à une de mes prises de parole que selon un intervenant « ma franchise à contresens pouvait me coûter cher »… sic.


- J’aime aussi la loyauté : et parfois elle commande de ne pas dire, ou plus exactement de choisir le moment où on va dire ; cela enlève de la spontanéité sans aucun doute, mais pas l’idée évoquée ci-dessus. Et plus encore cela conforte le professionnalisme d'un RH de mon point de vue. En effet, appartenant à des équipes, souvent des équipes de direction, détenteur de sujets sensibles partagés, j’ai notamment apprécié de ne pas trahir la confidentialité de ces cénacles ce qui eût été très certainement dévastateur, tout en respectant celles et ceux qui tôt ou tard seraient destinataires.


Disons que c’est un mi-mi ou un ni-ni que je trouve plutôt salvateur pour l’équilibre. Alors, non rien de rien, non, je ne regrette rien. Même si on a pu me reprocher d’avoir caché, même si ça a pu me faire rager sur l’instant, mais « c’est le jeu ma pauvre Lucette ».


- J’aime être différent, penser différent, penser moi et penser RH, à vous de trouver la frontière s’il y a. Cela m’a permis de dire là où il fallait et quand il le fallait des choses utiles ou autrement dit d’amener telle que je le pensais de la valeur ajoutée à ma voix de RH ; et je dois bien le dire, d’avoir la satisfaction d’être écouté autrement que par politesse mais par intérêt m’a-t-il semblé. Qu’est ce qui fait avancer le schmilblick ? Pas la tiédeur du propos. Et ne cherchez pas de l'égo déplacé, vouloir exister pour aider, je ne nomme pas cela de l'égo.


- Maintenant il y a dire les choses et le faire avec "l’intelligence de la situation" : peut-être une grande expression stérile pour beaucoup mais je peux essayer d’être plus précis. Il y a quelques temps j’ai reçu un cadeau, pour faire plaisir à la personne qui me l’a offert, je l’ai publié sur les réseaux sociaux avec les caractéristiques associées ; un sachant, ayant probablement raison, a trouvé judicieux de faire réponse en dénonçant une supercherie marketing liées aux qualités présupposées de ce cadeau. Je n’ai pu m’empêcher de penser « à science sans conscience n’est que ruine….». Je me fichais de savoir ; je ne doute pas de ses compétences, mais quel dégât a fait son intervention sur la personne ayant fait le cadeau. Tout ce détail sans rapport direct (quoique) avec la fonction RH, pour rappeler que RH ou pas, l’humain s’il est conscient qu’il s’adresse à des humains dotés d’une sensibilité aseptisée, peut « éviter de dire », à un moment donné parce que cela ne sert à rien. L’intelligence c’est aussi cela, ce n’est pas que l’accumulation de connaissances fussent elles encyclopédiques, c’est aussi la prise en considération d’un auditoire, son respect. Cela ne change rien à la réalité, mais tout à la vie ensemble. Alors, à votre avis, que va choisir un RH ? La fin justifie-t-elle tous les moyens ?



- Dire, oui, mais le ravage d’une expression, d'un mot, d’un ton d’un regard etc., je connais. Cela conduit au pire des tensions pouvant exister entre deux êtres et le fond a beau être totalement pertinent, qu’importe, la forme inappropriée va tout gâcher, tout occulter, et forcer à dévier de son objectif, au moins un temps au mieux, en comptabilisant des dommages collatéraux effrayants.

Est-ce que tourner sept fois la langue dans sa bouche reprend ici tout son sens ? Peut-être mais de mon point de vue, pas seulement : ce n’est pas en effectuant cette manœuvre pittoresque, qu’on va essayer de ressentir son environnement, situer ses interlocuteurs. ou on s'appelle SIRI ....Au mieux pourra t’on éviter d’utiliser un mot pour un autre, de faire des contresens fâcheux, et j’en passe.


Mais RH’achement parlant, cela ne suffit pas. Combien de choses difficiles ai-je dites, avec le respect de mon interlocuteur chevillé au corps, avec la mesure progressive de la portée de mes mots, avec le temps nécessaire, l’attention et pourquoi pas le soutien. Ai-je systématiquement tout réussi de ce point de vue : sûrement pas, ce serait prétentieux que de le dire et je ne crois pas au zéro défaut en la matière. Ni au savoir-faire absolu : on ne parle pas de clonage avec des recettes toutes faites, mais de capacité d’adaptation permanente ce qui demande beaucoup d’efforts. Et je crois dur comme fer au fil rouge de l’attention et du respect, manifesté par la forme, et motivé par son Soi ce qui est encore mieux.

Ma réflexion est loin d’être exhaustive. Mais oui, je pense que le RH peut dire beaucoup, je pense que le RH doit dire beaucoup parce qu’il est attendu dans son rôle de "H" majuscule, peut être trop d'ailleurs.


Mais autant le redire j’élimine avec force vulgarité, méchanceté, perversité, violence : ça n’a de place ni dans ma vie ni dans mon propos lié aux RH.

Tout dire ? Non, je ne sombre pas dans la naïveté et le simplisme binaire (je me suis déjà exprimé sur le sujet), pas non plus dans celle consistant à penser qu’on laissera (l’organisation, le système) le RH systématiquement faire. Mais clairement, une partie de son bashing tient au culte du secret foireux, de la fuite par manque de courage, par facilité, de la langue de bois, à son incapacité de comprendre parce qu’il ne dit pas et qu’on ne lui dit PLUS en rétorsion et qu’il perd sa légitimité telle qu’attendue.

Alors j’invente le dire majuscule, le dire noble : Dire. Une véritable "marche" de progrès à faire. Pas dire tiède, ni outrancier, non Dire les choses avec humanité.

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