• Stéphane Fayol

Hope

Il est certain que les époques changent, les expressions qui la définissent aussi, mais il y a des mots qui sont presqu’éternels pour décrire les situations . « La réforme oui, la chienlit non » disait le général de Gaulle, Chef de l’Etat en 1968.






Les Français ont voté aux dernières présidentielles, dans un contexte que l’on a maintenant eu le temps de triturer dans tous le sens, avec pour rappeler le contexte un deuxième tour, marqué notamment par le débat catastrophique télévisuel, qui a mis dans un tuyau de discipline républicaine, beaucoup qui ne se retrouvaient plus en grand-chose, mais surtout pas dans ce qui s’appelle aujourd’hui le Rassemblement National. De fait on pourrait parler de choix par défaut pour certains, encore que. Une situation hétéroclite disons.


Dès cette élection, on s’est imaginé dans la liesse, un grand destin, porté par tous les français, et incarné par ce jeune Président et son célèbre Projeeeet qui allait donner un coup de fouet à une France molle, de moins en moins crédible, perdant son influence mondiale. Il allait de ce fait rendre de la prospérité à l’activité économique qui avait bien besoin pour résorber ses déficits, son chômage, ses problèmes de pouvoir d’achat etc…. et j’en passe.


Force est de constater qu’aujourd’hui la réforme est engagée, souvent dans des conditions curieuses dans sa mise en œuvre ( brutalité due à la soudaineté, court-circuitage des corps intermédiaires, cafouillages) et qu’il en résulte de plus en plus la chienlit…


Alors bien sûr, les temps ont changé, et si Monsieur Macron disait aujourd’hui « Les Français sont des veaux », ou traitait la France de « vacharde », comme l’a fait le Général en son temps, j’imagine le massacre médiatique, le lynchage populaire auquel il aurait droit.


Je ne dis pas qu’il ne peut plus dire les choses, mais il vaut mieux aujourd’hui, qu’il ne compte plus sur sa seule stature - tout le monde n’est pas le sauveur de son pays d’un conflit mondial, et le créateur d’une Veme république- et qu’il tourne sept fois la langue dans sa bouche pour dire ce qu’il a à dire. 


Par ailleurs l’auditoire n’est plus le même et il n’y a rien de plus perceptible comme l’émanation d’un mépris, pour un auditoire que de se sentir méconnu.


Aussi, avant de lancer quelques petites phrases assurant un buzz certain, mais aussi un désastre, pour la fonction , la réforme et le pays, un peu plus de recul me semblerait parfois judicieux, mais ce n’est que mon avis.. Et de ce point de vue, soit le Président n’est pas « maitrisable » dans le transport de sa pensée à sa bouche, soit ses conseillers en communication vivent sur une autre planète.


Ce n’est pas faute de mouiller la chemise , il est courageux ; mais pas plus tard que dimanche 24 février un journal titrait : le discours présidentiel fait flop. Comme l’explique souvent et très bien Frédéric Fougerat, Patron de la Com du Groupe Foncia, la forme ne suffit plus c’est à dire il faut un contenu, et plus encore que ce contenu puisse se vérifier dans sa mise en œuvre.


En tant que RH d’entreprise, mais aussi citoyen, ça fait longtemps que j’observe la dégradation de la société avec deux blocs : ceux qui détiennent la capacité de décider et qui luttent contre les éléments de conjoncture mondiale, la financiarisation et qui en tirent des parfois mesures drastiques douloureuses pour les entités qu’ils gèrent , notamment ceux que l’on a nommés les cost killers, ( sans imaginer qu’il puisse y avoir d’alternative) et ceux qui subissent, voient la vie de façon de plus en plus noire - même si dans certains cas ils vivent mieux si l’on s’en tient aux chiffres ( je ne suis ici bien entendu pas exhaustif notamment avec les agriculteurs à 350 euros par mois, comme j’entendais à la radio ce matin et bien d’autres) mais qui ne perçoivent plus que le côté sombre de l’existence, rêvent qu’on les fassent rêver, et se désillusionnent très vite parce qu’on leur vend du rêve frelaté.


Donc, à quelques exceptions près, qui sont prises en exemple comme des hontes nationales – je ne suis pas en train de tout excuser, il y a tellement de carences, juste les alibis faciles utilisés par d’habiles manipulateurs dont le désordre est le seul nid confortable-le nombre d’exclus du « système » semble s’accroitre.


Et on crée la chienlit :


-les religions qui servaient de repères à de nombreux citoyens aussi républicains soient- ils, sont de plus en plus déconsidérées : l’église Catholique avec la pédophilie, son décrochage de la pensée des jeunes, ( voir l’Excellent Film de François Ozon A la Grâce de Dieu, les musulmans avec l’intégrisme extrêmiste qu’on voit tout envahir et dévaster, la religion juive avec à son encontre de vieux relents nauséabonds…. etc… et des pratiquants perdus.


- les syndicats : pardon, qui sont ces gens ? que comprennent ils à la société, comment sont ils préparés ? ils tentent pour certains de s’accrocher à de vieilles lunes et à des exclusions de celles et ceux qui tentent de remettre un ancrage dans le réel. Et il y a eu tant d’abus, vus par notre métier de RH, qu’on a fini par oublier les vrai syndicalistes, les « nécessaires » pour garantir l’équilibre, être de vrais relais d’opinion.


Du coup des mouvements bizarres portant au départ de véritables sujets de société se mettent en place, type gilets jaunes, et on a vu ce qu’il en advenait : pas de vrais leaders, plus de volonté de traiter les sujets, des infiltrés violents, tout un tas d’opportunistes qui n’ont rien à faire là…. Et une difficulté certaines à se substituer à un scrutin classique, à des corps constitués régulateurs etc…


Sans réelle légitimité, outre celle d’un vague soutien- mais en France on est prompt à soutenir au départ ce qui bouscule l’ordre établi, et revenir rapidement sur son avis, pour ne pas endosser la responsabilité des excès -, le pouvoir s’empresse deux ans à peine après son élection de « refabriquer » un « programme » à partir d’une consultation organisée à la va -vite, c’est vraiment pathétique, et représentatif de notre république . Côté leadership ça ne fait pas rêver.


- l’éxecutif : un président qui a un charisme, qui comme je le disais tout à l’heure commet beaucoup de bourdes comportementales alors qu’il vit avec un micro et une caméra à ses basques, des ministres, dont il est difficile de distinguer la qualité et surtout la cohérence d’ensemble avec lui, des barbouzeries à la Benalla : il y en a toujours eu, certes, mais encore une fois ce n’est plus la même époque … . 


Et on permet trop souvent que ce Président, soit traité parfois comme un adolescent lambda !!! Cette fonction de Chef de l’Etat ressemble de plus en plus au Titanic, en moins prestigieux et ça ne date pas d’hier.


- des chefs d’entreprise « exemplaires », qu’on brandit comme des épouvantails, type Carlos Ghosn dont je me souviens d’interventions devant de nobles assemblées, et qui se comportent curieusement – parenthèse, voyez ce film avec Fabrice Luchini dans le rôle de Christian Streiff, l’Homme Pressé ), avec au résultat une confiance dans l’institution pilier de la société qu’est l’entreprise de plus en plus limitée, surtout dès qu’elle dépasse une certaine taille. ( il s’y produit des choses qui échappent à tout le monde, et je ne jetterai pas la pierre, Pierre). Des théories de management « abracadabrantesques » aurait dit le Président Chirac, qui font vivre des armées de consultants dont une partie significative sont foncièrement à côté de la plaque, fleurissent et les salariés qui n’y croient pas ou plus ….


Et cette violence qui s’installe partout. Certes, la violence existe depuis les premiers hommes au moins, mais depuis nous sommes sensés avoir reçu une éducation, avoir appris un savoir vivre ensemble … et ? avoir quitté le « primitif » ?on voit des lobbies partout, qui s’empressent d’exagérer tout et n’importe quoi, et surtout de quoi mettre les autres en colère, une violence individuelle ù on régresse avec un rapport à la vie curieux : ah zut un mort parce qu’il était juif, noir, femme battue, homosexuel etc… c’est ballot. Bon on proteste, on verra si on fait un texte pour amuser la foule : du pain des jeux du cirque….ah, oui mais ça va moins bien marcher visiblement ( comme disait Bourvil en contemplant le cadavre de sa deux chevaux dans la Corniaud), donc faudrait inventer autre chose.


Les comités Théodules existants ou créés( une vraie passion française) : des rapports plus ou moins planants, plus ou moins délirants ou alors extrêmement intéressant mais dont on ne fait pas grand-chose,( ils sont vite mis en étagères)  sauf payer le rapport, payer les membres de ces comités etc…  de l’entre soi, des chercheurs tellement contents d’eux-mêmes qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils exaspèrent .c’est assez lamentable, peu sérieux et là aussi d’un autre temps non ? et qui peut croire, avoir confiance ?


Bon, eh ben ,sympa le constat et non exhaustif. Normal je n’ai pas le temps, je suis en train de me pendre.


Non sérieusement, si on cesse de penser :


-      qu’il y a un groupuscule qui sait, et  les autres rien, 


-      qu’il faut prendre garde aux repères qui fixent les « bornes des limites » ( genre société libérée, tellement d’ailleurs qu’ingérable, sans doute à cause du nombre de fromage dirait le Général), 


-      qu’il faut redonner une légitimité à l’autorité et à la sanction de la transgression, si on cesse de confondre priorité et précipitations ou affolement, 


-      qu’il faut  parler ensemble une langue que tout le monde comprend, 


Alors, il y a moyens avec toutes les intelligences dont ce pays dispose, de remettre la chienlit au placard. Il est sain que la colère s’exprime, une fois purgée,( avec des limites) il est sain qu’elle s’arrête. Ca n’enlève rien à sa crédibilité, au contraire.


Elle est en train de finir de nous faire du mal( sociologiquement, économiquement…), et je suis certain que ce sont encore les mêmes qui vont payer les pots cassés ce qui n’était pas le but de ceux qui avec sincérité ont pu porter certains messages d’alerte sur ce qui n’allait pas. 


Cessons de banaliser la violence de quelque nature qu’elle soit : verbale, physique, psychologique. C’est impératif pour que nous retrouvions l’harmonie et le gout de vivre ensemble. Cessons de nous repaitre des outrances ( et nos politiques ne sont pas les derniers) et nous pourrons plus sérieusement travailler nos chantiers qui ne manquent pas. Cessons de tout bafouer au nom d’une vraie/fausse liberté d’expression.


Je suis longtemps resté silencieux, comme bon nombre de mes compatriotes.  Et soudainement, je me suis souvenu de cet ouvrage que j’avais lu, où des gens « bien intentionnés » installaient Hitler et son régime pour faire vivre au monde ce cauchemar que nous porterons pour l’éternité . L’ordre du jour d’Eric Vuillard Prix Goncourt 2017 à relire d’urgence ….. où le silence et la lâcheté, l’abandon conduisent : ils ouvrent les portes de l’enfer , quel qu’il soit et après ….


Alors du coup, j’ai écrit ce mot. Et je le poste ici, où on va me dire, rien à faire sur un réseau professionnel. Je ne suis pas certain que bien cultiver l’art de vivre ensemble soit si loin du professionnel que cela, et en aucun cas, je ne prêche pour telle ou telle opinion politique, je donne juste mon modeste avis.


Pour ça certains diraient « mort aux cons » ; pas moi parce que c’est un message violent, mais par rapport à tout ce que je viens d’écrire, oui je crois pouvoir dire « Vaste Programme » .

© Stéphane Fayol 2019 - toiledevie.leblog@gmail.com

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