• Stephane Fayol

Vertiges de nos jours


Définitions Larousse :


"Peur, malaise ressentis au-dessus du vide, se traduisant par la sensation d'être attiré par celui-ci et par des pertes d'équilibre "



Il y a un an, débutait cette période où notre vie serait agressée comme je ne l’avais jamais connu en 55 ans. Pour quelques semaines, quelques mois, puis un an, et sûrement quelques sabliers encore….


Très vite frappé dans ma chair, la douleur et le chagrin l’ont d’abord emporté avec sous leur férule dictatoriale les jours qui se sont égrenés et cette sensation d’être écrasé, résigné.

Dans le même temps, mes engagements au service des autres m’infligeaient progressivement tout ce que nous connaissons maintenant si bien et qui a colonisé notre vocabulaire et plus malheureusement sans affinités : masques, gestes barrières, confinements, détresses respiratoires, isolement, convivialité abandonnée, année perdue etc…


Aux discours officiels des premiers temps, quasiment incompréhensibles, se sont succédés avec grand mal de la pédagogie laborieuse souvent trop rationnelle, des hésitations, des maladresses, des marche avant marche arrière alimentant une fantasmagorie foisonnante et délirante .


Et puis progressivement le vent s’est levé : le vent du malaise, le vent du mal être, les vents violents.


La distanciation sociale s’est peu à peu métamorphosée en une hydre à plusieurs têtes : une distanciation de l’éducation, du respect, de la discipline de vie ensemble, de l’écoute, des repères pour se guider et tant d’autres. Le vide sidéral s’est peu à peu creusé puis rempli et a appelé nombre d’entre nous à faire part publiquement pour ce faire de douleurs refoulées, d’horreurs que la vie qui file et les conventions avaient mises sous couvercles, de violences contre des personnes, phénomènes qui ont peu à peu pris « le carré d’or » du spectacle de notre vie.


Pas une minute, pas un jour, sans sidération, colère, incompréhension, de-crédibilisation, tout cela fondé sur du vécu, et/ou de la perception, du ressenti. Tout cela livré en pâture à l’ensemble de nos concitoyens emportés par ce tourbillon macabre et laissant derrière son passage une terre brulée.


Quoi dire, quoi faire pour ne pas tomber ?. Difficile de répondre, tant il est dit et il est fait et tant chaque action, inaction, mot, expression peut déclencher une opprobre dévastatrice.


Souvent je me sens aspiré par ce vertige devant l’avalanche de beaucoup de ce que j’ai tout fait pour éviter dans ma vie.


Mais je viens d’une terre où le Chêne est une référence de toute époque. Et nombre de ces arbres magnifiques ont résisté aux vilénies du temps, la dernière dans ma mémoire étant l’horrible tempête de Décembre 1999. Beaucoup de victimes, mais de la résistance qui continue à m’inspirer. Ces racines profondes qui charrient tant de bonne mémoire qu’elle ne peut toute sombrer dans l’oubli, ces troncs gigantesques et noueux, forts et courageux pour regarder demain, ces ombres propices à la sérénité, la paix, et la justice, n’est-ce pas Saint- Louis?


Cette année encore, il y a une journée de l’Arbre célébrée au niveau mondial . De nombreux ramages sont tendus vers chacun d’entre nous, dans nos territoires pour un moment de communion avec l’Arbre ce symbole porteur de la Vie.

Bien qu’un peu agacé par cette tendance exponentielle de la journée de …,aux « appels moutonnants »-je ne sais pas à qui ou pourquoi bientôt une Journée ne sera pas dédiée-, je crois que cette année plus que jamais je serai heureux de m’ancrer dans l’imaginaire accompagnant mon chêne parce que je refuse la fatalité et que je lutte de toute mon âme contre ces vertiges mauvais, arrimé à mon arbre.


« Auprès de mon arbre, je vivais heureux » .

D’aucuns me croiront totalement halluciné de naïveté avec ce discours, eh bien je leur ouvre grand les bras et les invite à me rejoindre, persuadé qu’il est encore temps, et qu'il fait du bien n’est-ce pas Georges. Tu sais, Francis, un autre troubadour de notre siècle a dit que c’est une "question d’équilibre".

Et quoi de mieux pour vaincre le vertige que l’équilibre.




Merci les Poètes en ce Printemps, au passage .
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