• Stéphane Fayol

En forme pour accueillir Gaston ?

Les temps sont difficiles, allez, juste pour se faire un petit plaisir et sourire un peu. Il me prend l’envie d’écrire quelques lignes au sujet d’un de mes héros Gaston Lagaffe. 





Au-delà de ma passion d’adolescent jamais éteinte, je le regarde aujourd’hui , lui et son monde, avec de nombreuses années d’expérience professionnelles, à l’aune de ce que je lis notamment sur ce site d’ailleurs, tout autrement.


Quand je pense à toutes celles et ceux qui traquent de façon obsessionnelle la productivité avec des plans plus ubuesques bien que surement très intelligents, les uns que les autres . 


A toutes celles et ceux qui se plaignent que les personnes deviennent plus difficilement « manageables » .


…. Les anciens, parce « qu’ils ne savent pas s’adapter, être agiles, aller vite, parce qu’ils sont souvent souffrants » et substituent trop souvent la déeesse Tamalou à la déesse Performance…


…les jeunes parce qu’ils sont « imprévisibles, capricieux, ne veulent plus ci ou ca ou autrement » et restent insensibles à beaucoup de packages tous faits proposés pour les attirer et les fidéliser. 


Et j’en oublie… ah si, tout le monde parce qu’il n’y a plus de sens au travail… sinon pourquoi se lever le matin ?


Mais alors que dire de Gaston ?


A quoi sert- il ? il est sûr qu’à l’heure où on s’arrache les cheveux à coups de M.O.I, M.O.D, etc… pour comptabiliser l’effectif et en tirer des ratios de compétitivité incroyables de non sens ( excepté pour un certain microcosme financier particulier), Gaston est très certainement l’homme à gommer d’une organisation. D’abord il est employé de bureau, on ne sait plus trop ce que c’est, ensuite il est un tantinet fainéant ( horreur), et on ne comprend pas bien ce qu’il fait et à quelle est son utilité ? il est là, et tout le monde chez Dupuis fait avec. L’entreprise Dupuis, sûrement pas philanthrope, les managers en rogne permanente (mais bon) les clients, le gestionnaire financier, le capital incarné par ce cher De Mesmeaker et les voisins…


Et lui promène sa rêverie fantaisiste, sa créativité calamiteuse ; bien sûr nombre de ses initiatives d’innovation sont vouées à des catastrophes qui pourraient être gravissimes dans la vraie vie mais qui ne le sont pas au final, tant mieux d’ailleurs car il n’a jamais pour intention de mal faire, ou de faire de mal à quiconque. 


Il est pacifiste, généreux, écolo avant l’heure. Le sens, son petit monde lui va bien et il semble content d’être avec les autres… pas de grands mots hein ? juste heureux d’être là, reconnu pour lui-même.


Il montre souvent l’absurdité des règlements et des procédures : pauvres managers, pauvre Agent Longtarrin, digne représentant de la force publique. Très avant-gardiste en fait, je pense que dans une nouvelle histoire, si Franquin était encore parmi nous, nous serions au-delà du délire tellement le milieu de l’entreprise et ce qu’il donne à voir maintenant, pourrait la lancer sur une rampe dont on ne peut même pas calculer le point d’arrivée. 


Même notre sublime « I.A » qui va ré-enchanter le monde des RH, entendais-je ce matin en leur permettant tant de choses ne peut rien avec ou contre lui . J’imagine souvent le confier à un RH qui ne vit et ne vibre qu’à travers ses logiciels, ses processus, ses concepts plus ou moins fumeux, c’est d’ailleurs le seul point de rencontre entre les deux, le concept fumeux, le reste c’est thèse et anti-thèse. 


Il ne rentre dans aucune case. Bien sûr, on essaie à 62 ans de sa naissance de l’analyser, de le décrypter mais c’est inimaginable car au-delà de certains stéréotypes limités, il a toute sa singularité et est absolument imprévisible. 


D’où sa richesse, sa longévité supra-générationnelle. Voire même son côté mode pour une génération qui ne se reconnait plus en pas grand-chose. 


Quel désastre pour certains ou certaines dites philosophes nourrissant leurs ouvrages avec tellement de caricatures empiriques. Ça ne fonctionne pas, et encore moins avec Gaston. Sic.


Actuel. On parle aujourd’hui de convivialité au travail : l’amitié pour laquelle il donne sans compter ( d’ailleurs compter l’ennuie)  avec Jules de chez Smith en face et ses autres collègues, le partage du poulet au coca, les fleurs pour Mademoiselle Jeanne avec des bouquets improbables ? on parle d’innovation : là la liste est trop longue, et le plus drôle c’est que dans 99 pour cent des cas, ses expériences ne servent à rien si ce n’est à la satisfaire plus ou moins, et à aller nous dégotter toute son « autonomie » … et ca finit souvent par un boum retentissant.


Actuel. Les conditions de travail : Gaston est un infatigable ( c’est nouveau) militant : la circulation dans les couloirs en télé sièges, les radiateurs toasters,  les animaux de compagnie, type mouette rieuse et chat caractériel au boulot, les outils manuels automatisés, la sieste au travail (institutionnalisée par de nombreuses entreprises avec des endroits adaptés). Le slow working et le slow management pour éviter les burn out de tous ordres. La lutte contre la pollution et le gaspillage( bon même avec sa Ford T qui ne passerait pas un seul contrôle technique, par contre le 80 kms/ heure elle n’y a jamais pensé) la protection des animaux, la neutralisation des mauvaises ondes. Et je ne parle pas de son art du classement, face auquel n’importe quelle G.E.D doit être abasourdie.  Il n’y a pas de limite, ou du moins le recensement est très très long.


La loi n’en vient pas à bout ce d’autant qu’il l’enfreint sans l’enfreindre et avec le bénéfice du doute ; le management ne peut rien véritablement exiger de lui ou dans ses rêves et l’expression consacrée pour son manager est quand même « Rogntudjuu » de Prunelle ce qui échappe à tout commentaire et à n’importe quelle formation de dialectique par exemple. De Mesmaeker le puissant, pourtant considérablement suffisant avec son pouvoir d’achat colossal, son côté bling bling ne l’impressionne pas ; la rigueur et la rigidité de Monsieur Boulier font qu’ils ne parlent pas du tout le même langage et ne se comprennent pas, (tiens ca me rappelle des choses). Les voisins grands managers s’il en est, avec leurs noms choisis Ducran et Lapoigne ne l’aiment pas mais…… rien. Il est rebelle…


En fait je l’adore, parce que c’est une belle personne, et qu’il intrigue tellement qu’on a envie de s’intéresser à lui. Il vient à moi RH, me rappeler ma passion pour la relation avec les autres, mon intérêt pour toute la richesse que l’autre peut apporter, quel qu’il soit, où qu’il soit. Donc je l’adore parce qu’il rappelle à l’homme qu’il vit avec d’autres hommes, qu’il peut faire des choses passionnantes avec eux, dont une entreprise. Ah le voilà le fameux « humain au cœur …. ».


Je suis tout à fait conscient que des huluberlus comme notre Gaston, il vaut mieux savoir les doser dans son équipe… mais quand même, comme dirait un animateur généreux d’une pauvre émission de téléréalité : J’achèèèèèèète !!!!!!!!!


Merci pour votre compréhension. Et belle semaine . A tous les Gaston et aux autres.

© Stéphane Fayol 2019 - toiledevie.leblog@gmail.com

  • LinkedIn
  • Twitter
  • Facebook