• Stephane Fayol

Et demain, quelle méthode pour tirer profit des leçons reçues ?

Mis à jour : juil. 3


Et si on discourait sur la méthode?


(inspiré par Robert des Cartes un arrière arrière petit neveu par alliance du philosophe quasi homonyme). Juste pour ne pas oublier trop vite.


« Patricia, Je ne voudrais pas te paraître vieux jeu ni encore moins grossier… l'homme de la pampa, parfois rude, reste toujours courtois, mais la vérité m'oblige à te le dire : les tendances du moment commencent à me les briser menu  »

En effet mais où suis-je dans, quel état j’erre ? Des femmes et des hommes ont perdu la vie, des beaux discours des grandes théories ont fait la Une pendant des semaines, genre et je ne l’espère pas, "du pain des jeux du cirque"….


Parce que le monde dans lequel nous vivions montrait qu’il était à bout de souffle, parce que de façon criante des comportements positifs, de belles aspirations faisaient face à des attitudes puantes, resurgissant, d’une autre époque que l’on croyait révolue, parce que les fragilités hypocritement enfouies la tête dans le sable de l’ensemble de nos systèmes se montraient à leur paroxysme de l’impuissance c’était évident : il allait nous falloir faire autrement. Alors comme le disait Feu Coluche, il paraissait absurde de nous promettre les beaux jours du grand soir, et pourtant lui même espérait à l’aube de la création des restos du cœur, que son initiative n’aurait plus de raison d’être quelques années après…

Mais de là à entendre et à voir ce que l’on voit et entend dès la fin de la phase la plus critique de la pandémie (a priori passée) on a quand même le sentiment que la page doit être tournée, mais à l'envers ?

  • Les élections municipales sont aussi affligées de médiocrité qu’avant ; les egos s’y bousculent, et le nombre de sottises que l’on entend constitue un florilège.

  • La polémique sur la véracité du fléau de la pandémie continue de plus belle : avec ceux qui alimentent des fantasmes simplistes où le complotisme de toute sorte fait rage pour générer des profits fabuleux, avec des comités Théodule ridicules qui n’en finissent pas de palabrer sur ce qu’il aurait fallu envisager de faire pour faire….

  • Les partenaires sociaux font assaut de vieilleries désespérantes

Le nombre de celles et de ceux qui espèrent le retour d’avant : avec de multi catégories, j’en conviens ; celles et ceux de bonne foi qui souhaitent un redémarrage de la vie, celles et ceux qui touchés de façon inégales continuent de hurler au loup, celles et ceux qui essaient de tirer le meilleur parti corporatiste (je lis des cafés et restaurateurs se plaindre des « barrières sanitaires » alors même qu’avant la pandémie leur affaire était à l’agonie), celles et ceux qui n’en n’ont toujours fait qu’à leur tête et qui ont d’ores et déjà brisé toutes les règles en place (les têtes melons ça va être la saison), quand bien même des autorités sanitaires continuent la mise en garde contre un déconfinement non responsable et que l’on regarde certains pays, voire régions autour de nous où le sinistre fait rage, oh mais : Père pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34) Navré pour les non catholiques mais je n’ai pas mieux.

Et dans ma complainte je ne suis pas exhaustif. Mais il y a tant à dire et faire, ça me saoule.

On panse les plaies à coup de millions, de milliards publics


Bon je ne vais pas hurler, on ne va pas laisser tout s’effondrer, mais de là à penser que par ces coups de baguettes pas magiques tout est ok, il va y avoir des désenchantements et du lourd.

Alors oui, il y a des mesures d’urgence, oui il faut agir et les décideurs quel qu’ils soient sont réalistes, mais jusqu’à penser qu’ils ne restent que courte vue, là je coince. Et celles et ceux qui n’en bénéficient pas demandent à corps et à cris de façon plus ou moins légitime qu’importe, l’important est de ne pas être à la traine.

Selon la bonne vieille formule malencontreusement déjà utilisée « qui aurait pensé que le Général de Gaulle » ait envisagé sérieusement les 30 glorieuses avec le cadre, le mode de vie, les habitudes de la 4eme république ?



Qui aurait pensé que notre pays aurait pu, lui notamment, et tant d’autres, relever le nez après une catastrophe économique et humaine comme la seconde guerre mondiale avec « tout pareil » juste quelques nuances et emplâtres de tous ordres ?

Et pourtant me disait un conseil du milieu économique décideur la semaine passée, on sent bien cette énorme résistance à vouloir retrouver ce qui a fait le bonheur d’avant, mais aussi tant de malheurs, (tout dépend de quel point de vue nous nous plaçons). Parce que cela arrange encore beaucoup de monde. Je ne peux imaginer, et je l’ai déjà dit, pour écouter les aspirations profondes et courageuses, les tendances dégagées sereinement sans polémiques, qu’il soit responsable de repartir sur les mêmes fondements.

Ou alors, et je n'exclue rien, je suis complètement égaré dans mon idéalisme, ce que me disent les gens autour de moi me noie dans la sensiblerie etc., donc je ne suis en rien crédible. Je suis prêt à tout entendre, mais cependant pas à tout lâcher.

Et à tous les roublards, je les ai déjà entendus, qui pour reprendre la formule populaire rêvent de ménager la chèvre et le chou disent, "oui mais il faut du temps, de la pédagogie", je réponds juste : vous avez raison, je n’ai jamais été ni anar ni révolutionnaire. Mais par pitié ne nous prenez pas pour des demeurés et vous-mêmes soyez honnêtes, réfléchissez deux minutes. Il est temps d’avancer, pas en blablas « c’est curieux ce besoin chez les marins de faire des phrases » disait toujours mon Audiard préféré. On en a assez fait de phrases avec le temps qu’il fallait, mais pas comme on le dit sans alimenter les termites du système.

Oui, je sais, je ne suis plus un gamin. Il ne faut pas partir dans tous les sens, pour faire n’importe quoi, même au nom d’un idéal c’est le meilleur moyen de tout planter. Car regarder avec envie dans le rétroviseur est un peu sélectif et oublieux, sinon il faudra un jour en répondre et ce sera douloureux.

Remarque de Michel Audiard /pause détente :


« Ce que tu peux être con ! Tu ne vas jamais au cinoche, tu lis pas, tu sais rien. Si ça se trouve, t’as même pas de cerveau. Quand on te regarde par en dessous on doit voir tes dents »

Moi, et encore une fois, je reste persuadé que nos intelligences additionnées, débarrassées de tout dogme (oui je sais ça n’est pas gagné même ceux qui hurlent haut et fort le contraire et s’empressent de nous ressortir de vieilles recettes au placard) .

Thomas Chardin, qui Dirige Parlons RH et que j’aime à lire pour réfléchir, a écrit un super article destiné aux RH, ma famille, pour leur dire « soyez audacieux maintenant , et pas simplement courageux ».


Robert Badinter sur les ondes de France Inter a fait cette semaine part de sa crainte de l’étouffement possible de l’espoir d’un demain qui n’aurait pas su tirer profit des leçons reçues.


Et je me suis alors souvenu du témoignage de ce compagnon de Simone Veil dans « l’Aube à Birkenau » disant « mais alors à quoi ça a servi ce que nous avons souffert », s’il y a autant de violence, de haine et pas de meilleur monde ?


Et j’ai frémi d’horreur en y pensant. Et ce ne sont pas les mouvements dits anti racistes de ces derniers jours et ce qu’on y a entendu qui m’ont fait changer d’avis.

Rien n’est facile et comme disait Jacques Chirac, « les emmerdes volent en escadrilles » ces temps-ci. Mais « tonnerre de Brest » (ça c’est plutôt le Capitaine Haddock), on ne peut pas faire comme si, sombrer dans un chewing gum d’hypocrisie.

Et où est la méthode ? A une époque, les guignols de l’Info, - oui je sais mes références sont étranges - disaient à propos de la politique de Lionel Jospin, « il n’y a pas de méthode » sous entendant que la chance et le brio faisaient tout pour les bons résultats constatés.

Ben je n’en suis pas si sûr. Et au cas où on oublie malencontreusement, une petit discours de méthode qui nous servirait de repères serait le bienvenu. N’est-ce pas Robert des Cartes ?

© Stéphane Fayol 2019 - toiledevie.leblog@gmail.com

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