• Stéphane Fayol

Le Développement (im)personnel par Julia de Funes

Tata Flingueuse de retour ! On ne peut pas dire que le précédent ouvrage dans lequel s’était commis la dame m’ait véritablement charmé…doux euphémisme.



Je relisais l’article que m’avait demandé Bénédicte Le Deley à l’époque pour la magazine Personnel de l’ANDRH, et je me suis souvenu de toutes les outrances portées par la Comédie Inhumaine : caricatures, exagérations, raccourcis abusifs, assertions vulgaires, et en plus une écriture proche de camarade de 6eme ; rien n’était digne du niveau de ses auteurs. Bien évidemment, le lecteur adorant tout ce qui cogne, qui fait mal et est un tantinet voyeuriste, le livre, avec la délicate complicité de tous les media possibles, a été un succès de vente. 


Quand j’ai vu qu’un second ouvrage paraissait, un soupçon d’angoisse m’a saisi. Mais afin d’en avoir le cœur net et de ne pas aboyer dans le vide, je me le suis procuré et je l’ai lu, en essayant autant que possible d’oublier les stigmates que les premiers écrits avaient encore laissé à la profession RH et aux efforts d’entreprises en termes de management.


Vous connaissez l’importance des premières impressions à tel point qu’on a pu entendre parfois qu’on avait rarement une seconde chance de faire une première bonne impression. Bon, ne tombons pas dans le simplisme que nous n’apprécions pas. Ceci étant dit, regarder la couverture de l’ouvrage, voir le titre Développement (im) personnel, avec les mêmes parenthèses que celles accompagnant le (in) de inhumaine ne laisse pas présager le meilleur. Et histoire d’enfoncer le clou, je vois dessous le bandeau issu de la maison d’édition, « Après le Best-Seller La comédie (in)humaine » Aie, ça pique….


Commençons par le plus positif : 


Etape1 : l’écriture est meilleure, le mélange philosophe/économiste est peut-être semblable à l’huile et l’eau, ce qui fait que la plume ici est plus libre et plus fluide. 

Étape 2 : le titre était bien annonceur d’un nouveau carnage. Les coachs et le développement personnel sont les heureuses victimes, tiens les RH ne sont pas loin quel bonheur. 


Comme pour le sujet précédent, que dire : dans chaque métier, y compris les philosophes semble- t-il, il y a des bons, voire des excellents, des moins bons, voire des imposteurs. Mais nous le savons tous, et orchestrer plus de 150 pages pour le dire, c’est fort. J’ai retrouvé un texte semblable de deux grands auteurs dont je reprendrai ici quelques passages de substantifique moelle , comme traduisant ma pensée suivant la lecture:


«  le feu ça brûle et l'eau ça mouille tous les oiseaux

volent dans le ciel, 

les poissons font des bulles et l'herbe est verte dans la

forêt (dans la foret)

j'me suis acheté un pull il est en laine et en jersey (en

jersey)

je ne mange plus de pomme car je suis tombé sur un pépin

(sur un pépin)

après tout j'suis qu'un homme car je cours moins vite que

le train

je crois qu'si j'étais chauve je me laverais jamais les

ch'veux (jamais les ch'veux)

j'adore bien les guimauves parce que ça rend les gens

heureux (gens heureux)

lorsque vient la nuit c'est vrai que ne voit plus rien du

tout (plus rien du tout)

et pour chasser l'ennui moi je suce des cailloux

le feu ça brûle (oh oui le feu ça brûle)

et l'eau ça mouille (oui l'eau ça mouille)

tous les oiseaux (tous les oiseaux)

volent dans le ciel (vole dans le)"


Hommage à Charly et Lulu pour leur œuvre, qui je l’espère, au-delà de nous avoir fait rire ce qui n’est pas le cas du présent ouvrage, aura sans doute permis de gagner un peu d’argent, et là on s’en rapproche.


Une légion d’évidences, de caricature de tout ce que l’on peut trouver de plus mauvais, et à l’appui, pour donner un côté docte à la démonstration, des références à qui en veut à des grands philosophes ayant durablement marqué notre histoire. C’est savoureux, d’autant qu’à nouveau, dans le cas présent, cela alourdit considérablement le texte, ce qui fait que parvenu en fin de paragraphe, on ne se souvient plus du début, et on est légèrement embrouillé et impressionné. Chapeau l’artiste.


Étape 3 : le surréalisme. Avec des termes relativement, et je suis gentil, violents, et méprisants, bien qu’elle prenne en une phrase le soin de s’en défendre, l’auteure flingue à tout va ; mais attention comme au bon vieux temps des Tontons Flingueurs, : « un homme à tirer au hasard, sans discernement…la psychologie ? y en a qu’une, défourailler le premier »etc…. quelques morceaux choisis...


"Les coachs nouveaux tartuffes, ...des recettes bonheuristes,.... des pratiques enrubannées dans la rhétorique de l’épanouissement personnel, ....des réconforts imaginaires, ....une frustration à l’origine d’une reconversion, .....confions nos consciences fragilisées aux « professionnels » de l’esprit humain et non aux amateurs ni aux imposteurs, ....ça marche pourquoi : ces titres aguicheurs prétendent pouvoir apporter au lecteurs tous les moyens pour s’épanouir etc…ce processus manipulatoire s’apparente à un jeu de séduction, ....ils confondent bien souvent simplicité et simplisme, .....lire ces ouvrages est au mieux une perte de temps, au pire une impasse existentielle, ......on relève des incohérences de fond derrière les constantes langagières et comportementales, .....manager en trois leçons, retrouver confiance en soi en 5 semaines, parler anglais en 48H, ......ce livre veut faire voler en éclat les clichés, les lourdeurs du balisé, les impostures comportementales . Pour les ouvrages à noter que madame fournit les chiffres des succès d’éditions, qui selon elle équivalent au nombre de personnes qui se sont vues abusées … heu n’est-ce pas son ouvrage qui rappelle que le précédent est un best-seller ?


Tous ces mots, tous ces qualificatifs, toutes ces pseudos analyses au vitriol, j’ai cru qu’il s’agissait d’une autocritique de son ouvrage précédent, qui d’ailleurs pourrait se retrouver au terme de celui-là…  Il est bardé (le précédent) de recettes, de termes outranciers etc…mais non, visiblement on voit beaucoup mieux chez les autres que chez soi. Balayer devant sa porte….


« Je préfèrerais toujours celles et ceux qui proposent, peut être maladroitement, à celles et ceux qui critiquent doctement ! Plus crûment, je préfèrerais toujours celles et ceux qui se bougent le cul à celles et ceux qui chouinent . Merci mon ami Patrick Storhaye ta sagesse devrait en inspirer plus d’un et là en l’occurrence… Rien, on "déconstruit" dixit...


Une amie philosophe , Marie Robert, que j’adore disait récemment à un public enthousiaste, qu’avec la philo, on pouvait révéler ce qu’on a de plus précieux, notre capacité à réfléchir, , que l’étonnement philosophique n’était pas que théorie mais ouvrait l’action avec un chemin de questionnement…. Qu’il ne s’agissait pas pour bien parler de philosophie et l’amener dans la vie de chacun de vulgariser, mot inapproprié, mais de désacraliser. Le philosophe nous invite à prendre la liberté. 


Julia de Funès termine par : » la philosophie ouvre les perspectives, décongestionne, réinvente des possibilités d’envol pour permettre à chacun de mieux affirmer sa pensée et mieux vivre sa liberté ». Ce sont ses derniers mots, et qu’ils sont pertinents, et du niveau qui est le sien. Quel dommage que ces mots soient précédés de ce gloubiboulga indigeste qui butte dessoude, éparpille façon puzzle , travaille en férocité, qui correctionne, disperse, ventile…


Je suis persuadé que dans la grande absurdité de notre temps, il y a des choses positives et constructives à dire et à faire ; je suis aussi persuadé, parce que des amis la connaissent que Julia de Funès peut enrichir cette démarche. Mais par pitié, pas de cette façon-là, où vraiment, telle la mémorable citation du grand Poète Bordeau Chesnel : nous n’avons pas les mêmes valeurs.


Je suis désolé, pour les belles personnes qui veulent par leurs écrits, leur écoute, leurs mots, leurs engagements aider. Désolé pour toute celles et ceux qui ont été accompagnés sur leur chemin singulier par une ou un coach de qualité. Personne ne méritait ce procès bâclé, plein d’a priori, d’approximatifs, d’extrapolations douteuses. Loin du niveau d’exigence d’une philosophe.


Courage, il ne faut pas se laisser atteindre, et même si cet ouvrage est un nouveau Best-Seller, les médias se sont rués dessus , je repense à André Malraux qui disait que dans un monde de plus en plus absurde, il n’y a rien de moins absurde que d’aider les autres. 


Et puis, tout cela n’est que mon avis n’est-ce pas ?

© Stéphane Fayol 2019 - toiledevie.leblog@gmail.com

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